Je suis céfran, rêves et réalités


2002 - 52 minutes

Présentation 

Ce film donne la parole à quelques jeunes de Cergy, Pontoise, Issy-les-Moulineaux et Paris. Sans commentaires, sans voitures qui brûlent à l’arrière-plan, c’est un simple témoignage de leur quotidien, de leurs projets – souvent artistiques – et de leurs rêves. Ils trouvent malgré tout leur place dans une société qui, lorsqu’elle est évoquée, apparaît à chaque fois figée et peu chaleureuse.

Commentaire

Je n’ai pas pu envisager ce genre de travail autrement que sur la durée. D’effectuer une série de tournages permet à ceux qui sont derrière la caméra de mieux comprendre, entre temps, ceux qui sont devant et réciproquement. Tourner précipitamment représente deux violences : l’équipe débarque dans le « zoo » pour obtenir quelques images fonction de la ligne éditoriale puis s’en va vite montrer tout cela au vingt heures ; les jeunes adoptent le comportement qu’on doit avoir devant une caméra pour faire comme à la télé. Il me semble évident qu’il faut sortir de ce jeu de cache-cache absurde et je suis souvent sidéré que cette évidence soit mal partagée. Il est vrai que le temps coûte cher, c’est peut-être bien là toute la clef du problème. 

Pour établir une ambiance propice à une parole construite et confiante, les interviews ont été faites dans des lieux calmes – à domicile, sur le lieu d’activités – hors des sollicitations multiples qui ne manquent pas d’environner les jeunes. Et pour ne pas induire des perturbations liées à la logistique technique et susceptibles de détourner les jeunes du propos, l’équipe était réduite, composée uniquement de l’assistant son et moi-même. Ce qu’on perd en possibilités de montages est largement compensé par la qualité de la concentration et de l’échange. La simplicité du cadrage a en outre l’avantage de ne pas perturber la réception du message par le spectateur. 

En contrepoint à ces interviews, on voit quelques-uns de ces jeunes dans leurs activités. Mon souci a été de ne pas interférer sur le réel : autant toutes les explications ont été données lors des interviews, autant au moment où ils agissent je n’imaginais pas une seconde leur poser la fatale question « et là vous faites quoi ? » Une conséquence est qu’il n’y a aucun commentaire de ma part en voix off : ni explication parce que le spectateur est intelligent s’il est attentif, ni interprétation pour respecter les participants. 

Il est bien clair que ma réflexion sur la manière de filmer ces jeunes de la banlieue parisienne découle d’un certain scepticisme par rapport au traitement du sujet par une grande partie des médias télévisuels. Et ce scepticisme devient sur le terrain une conviction lorsqu’il faut très vite faire comprendre qu’on n’appartient pas à certaines chaînes de télévision honnies…