Nuit Dantesque


2004 - 23 minutes

Présentation 

Toutes les thématiques dantesques, l’oralité, la langue polymorphe, le chant, la musique, le côté work in progress du récit, l’architecture en même temps massive et précise du texte et des visions, la passion de la connaissance, le respect des Anciens et une Béatrice très claudélienne, sont autant d’éléments du théâtre intérieur – une sorte de théâtre de la stupéfaction – du metteur en scène Antoine Juliens. Avec la complicité musicale de François Narboni et accompagné par les spectateurs, il a désiré faire surgir de l’espace multiple du Musée Sainte-Croix de Poitiers ce mystère vieux de sept cents ans, La Divine Comédie de Dante, dans son intégralité et en français.

Commentaire

En suivant le travail du metteur en scène Antoine Juliens, il m’a semblé comprendre qu’il cherche à inventer un théâtre de la stupéfaction c’est-à-dire qu’il convie le spectateur à être littéralement stupéfait par la similitude de son expérience personnelle avec celle provoquée par les comédiens sur scène. C’est une expérience jusqu’alors insoupçonnée, inimaginable si le lieu est celui de la représentation, fauteuils rouges et conventions sociales, mais qui devient réalisable en des lieux qui ont une autre histoire, simplement la leur. Trois axes peut-être pour aborder le théâtre d’Antoine Juliens. 

C’est tout d’abord le théâtre de l’oralité où le langage coule abondamment. Parfois même il n’est plus compréhensible par la conscience car il se dépasse lui-même, dans son propre flux. La musique bien sûr est toujours présente, la musique des mots fusionnant avec la musique des musiciens dans le but de porter, de projeter même, l’oralité du texte. 

C’est aussi le théâtre des grandes découvertes, inspiré par les mythes fondateurs, qui sont autant de voyages initiatiques portés par une soif inouïe de connaissance, jamais assouvie. Leur éternelle modernité fascine à l’évidence Antoine Juliens. Il se dit parfois fatigué par le vide sidéral de la pensée contemporaine et en même temps ravi de sentir en provenance des publics une curiosité sensible, insatisfaite par la consommation des habituels formats culturels. Il est persuadé que les publics désirent redécouvrir et se réapproprier les grands textes épiques et c’est en ce sens qu’il poursuit sa recherche. 

Enfin, c’est le théâtre du merveilleux, où sur scène de multiples voix donnent à entendre des récits chargés – surchargés même – de signes et de symboles métaphoriques. Ce sont des récits qui émanent de l’imaginaire collectif, ils ne sont pas là par hasard, ils transportent des vérités fondamentales sous forme de chimères merveilleuses que les chimères modernes et pathétiques ne réussissent pas à faire oublier. Le spectateur se retrouve, s’y retrouve, en état d’enfance c’est-à-dire enchanté par la magie, et les musiciens, les comédiens aussi, car ils jouent.