Au Bois Lacté


2008 - 104 minutes

Présentation 

François Narboni et Antoine Juliens : « Voir culbuter les multiples Voix de Laugharne sur une scène, c’est répondre à Dylan Thomas, comédien, conférencier de génie et auteur d’une éblouissante saynètepour voix humaines composée à la mémoire des habitants du petit bourg sur le Tertre gallois, que le poète lira à Harvard le 3 mai 1953 et jouera à New York avant de mourir éthylique à l’âge de trente-neuf ans. 

Ébloui par ce Under Milk Wood et du désir d’enfanter musicalement un projet porté depuis près de vingt ans et arrivé à maturité, le compositeur François Narboni chercha la complicité d’un adaptateur-traducteur et metteur en scène Antoine Juliens afin de montrer et de faire entendre le lieu mythique en tout son relief sonore et visuel. Faire s’hybrider musique, texte et mise en espace pour créer un spectacle qui posera le ques-tionnement d’un rendez-vous prodigieux, où les fruits d’une collaboration, en un Sous-Bois, donneront à exercer et lier intimement la conception scénique avec la pensée musicale. Un langage inédit doit naître et se mettre en place afin qu’un rituel nouveau ouvre béant son art à un terreau qui offre autant de qualités littéraires, auditives que scénographiques. 

Un sentiment fort, aujourd’hui partagé, permet de se saisir du texte de Thomas, de l’écouter, de le retranscrire en une dimension poétique, profondément paroxysmique, et de le replacer en son remuement musical et en sa turbulence scénique, révélateurs de l’univers fourmillant, truculent, rempli d’humour, décalé des Voix de Llareggub… Terribles et sourdes et graves et vives voix chantées, vociférées, jouées, dansées par les chanteurs, instrumentistes et acteurs qui deviendront les dieux du village grâce à une mise en scène et à une musicalisation riche en dramaturgie, écriture et rythmes, en une originalité pure. 

Une langue commune se réfléchit, s’invente, se constitue et trouve substance, où la vigueur débridée du chant Thomasien nous incite à faire oeuvrer conjointement sciences et techniques pour que, par une orchestration vibrante du livret et la mise en espace des interprètes, retentissent les strates intimes de la Colline, que se déploient tous les aspects d’un langage non littéraire, mais bien oral et plus : musical… Thomas pousse un cri, excentrique certes mais terriblement vrai et provocateur, effroyablement beau et jeune, un cri lancé à l’univers et à l’homme qui paraît avoir perdu toutes saveurs de villages côtiers du Cardiganshire… Cri sans fin tel qu’aucune ode jamais ne pourra finir ! 

Par notre volonté à travailler avec un effectif réduit, afin d’assurer une grande mobilité dans les jeux spatiaux et sonores, de préserver une extrême légèreté dans la mise en situation des nombreux personnages (chaque protagoniste, qui apparaît et disparaît continûment, doit être capable d’alterner couleurs, tonalités, rythmes, rôles, attitudes, timbres), ainsi que pour garantir un rythme virtuose, l’implication de matériaux informatiques au coeur même de la réalisation mettra à jour les facettes d’un imaginaire gorgé de sève aux essences odorifé-rantes de printemps, réclamant tous les préparatifs pour un rituel festif et bouleversant. La force du spectacle se dégagera d’une énergie sonore et visuelle explosive, en un instant et lieu d’incandescence où tous les artistes seront en permanence sollicités à jouer les âmes de Laugharne

Par cette rencontre privilégiée entre le poète Thomas et un langage qui noue pensée musicale et représentation - extrayant tout réalisme de sa gangue -, et d’une collaboration artistique étroitement entendue, surgiront tous les enjeux d’une théâtralité des Voices où s'exécuteront les rites amplifiés d’une inédite musicalité… »